Branchée, mais pas comme d’autres, ici c’est propre et pas figuré. Alors que commence mon dixième éveil, j’ai l’horreur de constater qu’ils en ont encore ajoutés. Respirateur, injecteur, sonde, je l’ai dit, je suis une femme branchée. Chaque éveil est pire, chaque éveil leur fait croire à mon éternel retour.
Celui-ci fut bref. Je sens les cordes qui lâchent, 11ème départ…
Au bout du monde, je flotte et je regarde le monde mourir. Nous sommes, au plus, un millier à flotter à travers les sphères, notre village sont les cieux, nos routes, des courants. Sans accroches, ni attaches, une simple corde me relie au vivant. Je vogue et contemple les dits vivants. Je le suis encore d’une certaine façon, mais simplement dans un stade intermédiaire, celui du ni ni. Voir sans toucher, voir sans parler, voir sans sentir, je vous vois et suis la brise qui vous caresse.
Mes semaines et mes jours sont parfois des couchers de soleil sans fin, portés par la révolution, d’une plage à la grosse pomme, touchés par les rayons rougeoyants de ce crépuscule immobile.
Si demain, je croise mes vivants, priant pour moi, je n’aurai aucune larme, je n’en ai pas le droit. Le seul qui m’est accordé est celui d’observer mais en totalité. Un ballon, une balle perdue, une bombe, des fleurs, du riz, des rires, des cris, ces choses planent, partent dans le ciel, me rejoignent alternativement. Et ainsi souriant ou grimaçant, mon visage est le miroir de vos bruits. Parfois, vous poussez un cri et je m’envole, valsant à travers corps, d’abord, cumulus ensuite.
Revenue sur le toit du monde, j’ai rejoint mes congénères… Ames errantes, âmes aimantées, nous attirons et repoussons, les autres. Dans ce schéma quasi humain fait d’attraction et de répulsion, nous singeons vos relations, les affres mélodramatiques en moins. Ainsi, sur ce même toit, je le retrouve. La chance, une fois de plus, me fuit, nous nous approchons et l’inévitable répulsion prend place, comme si le ciel rejetait l’idée. Propulsée, envoyée, éjectée, je tombe du toit et retourne à l’observation d’un monde en déclin.
Chacun, des plus jeunes aux hors de la première centaine, devrait vivre le voyage des cordes, vivre balancé autant par la beauté d’un monde que par la décadence de ces amoureux de la vie. Mais une question, me taraude, m’accapare, une question simple, terriblement humaine, fondamentalement humaine : Pourquoi Comment? Ah, oui, cela fait deux, mais en somme une. Comprendre, le vouloir tout du moins, pour confondre, asservir, est un trait humanisant, et si je maîtrise le départ et l’arrivée, vous, assis la, m’accompagnerez probablement dans ce voyage des cordes.
Me suivrez-vous dans ce voyage aux bouts des mondes, au bout de votre humanité. A côtoyer rires et morts, aurez-vous une espérance de retour de ce voyage au bout de votre vie.
J’aimerais moi-même amarrer et retrouver mon corps et le contact d’une main me caressant le visage. Ne plus voir ces gens pleurer pour moi, après tant de larmes contemplées, vouloir rire et crier que notre monde est beau… Vouloir le sauver à manière et ne plus redouter la mort. Et repartir avec vous, dans le voyage des cordes, osciller entre la vie et l’absence, l’amour et le corps, je veux tout, je suis humaine après tout, même reliée et branchée.
Ils l'ont dits ...