innommables... Mais le temps nous manque pour le faire en personne.
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| Je m'avance peu à peu, je n'entrevois encore rien, et pourtant, est-ce ici, qu'il me saura possible de dire... | ||
La, ici, sur le sol dur, je me vois m’envoler. Triste vie, mourir pour un lacet défait, chuter et ne pas se relever. Le paradis m’attend, il s’agite autour de moi, je les vois, les entrevois… mais qu’est-ce donc ?
Et voilà, trois mois que je suis « mort » et que je vie de l’autre coté du papier de soie. J’ai décidé d’appeler comme cela ce monde en ombres chinoises. Mort de ma première mort, je vis dans le réel immatériel. Comprenez par la que vous avez une vie autre, vraiment différente, après le petit suintement du monde au monde.
Ce monde est étrange, l’autre projette en lui lumière et ombre. Nous vivons au rythme des « vivants » et occupons l’immatériel comme eux. En soi, nous ne pouvons voir, autrement qu’ombragé, que ce qui n’est plus touché par la vivacité. Je vais tenter de vous décrire ce monde d’ombre et de couleurs. Là où l’empreinte d’un vivant est récente, dans sa conception ou sa construction, vous ne verrez qu’ombre immatérielle. Ainsi nous occupons les vieilles pierres, les mêmes champs et les mêmes villes. Nous avons nos propres vivants et nos propres techniques. Nous fabriquons et mangeons, différemment… Vous ne pouvez nous voir et nous vous voyons en tant qu’ombre.Nous dormons parfois de manière superposée, votre lit, d’ombre pour moi et le mien à la même place, une ombre à mes cotés …Souvent mes congénères cherchent à dormir près dès leurs, chose difficile si l’habitat est récent, nous ne pouvons regarder votre visage, croire vous voir sourire, en supposant que ce soit vraiment l’être aimé.
Ce monde, comme une annexe au votre, pourrait être qualifié de paradis : point de maladie, point d’argent, un seul et unique pouvoir … celui de la mort. Cette omnipotence morbide se relie pour beaucoup d’entre-nous à la question de l’existence de ce monde.
Ce matin, je cours, traversant ces flots incessants de ces formes noirâtres, vous ne sentez rien et je me réchauffe. Une chose apprise ici, nous autres, invisibles des vivants, n’avons pas fini nos vies. Notre destin a été coupé. Vous ne le saviez pas, mais il est génétiquement déterminé, notre destin, enfin l’instant de notre mort. On a tenté de m’expliquer, mais cérébralement réfractaire aux explications scientifiques, je me suis contenté du résultat. Alors que je traverse pour l’énième fois un immeuble, réchauffé jusqu’à la moelle, je recherche une nouvelle. Ici, point d’infections, point de naissances, point d’affections, ces choses-ci appartiennent à notre passé. Alors, nous nous emportons dans des moments éphémères, femmes et hommes, tombent dans des bras d’inconnu(e)s. Je tombe moi-même et attrape leurs bras et leur corps.
Entourés par les ombres, traversés et réchauffés, nous éveillons des sens parfois enfouis, et à ces stricts moments, complètement électriques. Une ombre m’effleure, un vivant me touche, ou sa main … ici, je crois, elle se retourne, … je vis et n’en peux plus. Dans son lit, une ombre s’évapore, dans le leur, un vivant est mort. Il ne viendra pas ici, car je me nourris de sa vie. Je vous l’ai dit, nous fabriquons et mangeons différemment … nous mangeons les effluves de l’ombre. Entre ma vie et sa mort se tissent les liens de nos vies étranges. Nous revenons, notre affaire est conclue. Dans mon monde d’ombre, la mort n’a pas de visage, encore moi celui de l’agonie, un jour vous le voyez, le lendemain, plus, il est mort. Principe simple, pour nous d’une dualité physique, de l’existence et son contraire.
Ce bruit courre : respirer les effluves d’un invisible des vivants, revient à une exécution sur-le-champ. Alors, ma recherche perdure, dans ce monde feutré et froissé, celle qui m’offrira le plus beau cadeau.
Ils l'ont dits ...