Vendredi 14 décembre 2007
C’est le froid qui m’habite, j’ai les pieds glacés et je les colle contre elle. Elle sursaute. S’endormir dans une chambre inconnue ou plutôt somnoler. Je dors toujours mal dans des lits que je ne connais pas. 7h, je me réveille, il faut que je repasse chez moi, me laver, me changer et partir … Pas un bruit, pas de loup, elle grogne, je gagne la porte et m’enfuis accompagné par les grincements d’un voleur amateur.
Foutu temps, et dire que c’est le printemps, je m’allume une clope. Une vitrine, je me mire :les yeux brillants, les épis récalcitrants, je viens de me lever. Et pourtant, même comme cela, on me sourit, on m’aborde, « Non, monsieur, je ne mange pas de ce pain là ; désolé … »

Douche revigorante, le chauffe-eau fait encore des siennes, qu’importe, je suis pressé. Sauter dans un costume, et courir après un tramway. « Me laisser votre place, allons bon, Mademoiselle, restez assise ». Et voilà, les assauts du quotidien reprennent, vous les misères et moi le bas monde.

Un changement radical à l’age de 33 ans. C’était il y a 5 ans. Je n’ai jamais eu à me plaindre de mon physique, mais le temps passe. Et pourtant, pourtant aujourd’hui, je suis brun, blond, roux, peu importe, aux yeux du monde, de la foule, je revêts le visage du prince. Mon patron s’y est mis, un bel homme, un jeune loup dirais-je, de huit années mon cadet, brillant et je l’ai eu. Mon tableau s’agrandit d’année en année, prenant des airs de concert orgiastique.

J’ai toujours voulu être « le plus », celui qui est beau, intelligent, brillant, etc.

Insatiable, je l’ai souhaité de tout mon cœur et j’ai eu une revanche sur ces personnes qui m’ont supplantées, sur ces personnes qui m’ont défiées, sur ces personnes.

Maintenant, l’impersonnel a pris en corps et visages pour me les greffer, pour me les adjoindre. Un homme à modeler, une bonne pâte probablement, pétri d’ego et de doutes.
Il se met à pleuvoir, de nouveau,le pardessus relevé jusqu’à la tête, la cigarette au coin de la bouche, je presse le pas et m’agglutine avec mes congénères devant l’entrée d’un immeuble. La foule m’a toujours effrayée et je me sens rapetisser, ici, collé et serré. Dos au mur, je repars sous la pluie. Mon serpent de fumée s’amenuise, je la jette au sol, j’attends le passage au vert. Une autre cigarette, je suis anxieux, comme chaque jour, et si cela s’arrêtait. Cela me taraude, perdre cette liberté étrange, revenir à une condition, me réveiller chaque jour auprès d’un visage habituel et adresser un sourire à ce monde insolent.
Mais pour le moment, il est l’heure de s’entretenir, courir, pousser ou tirer, je souffre, je souffle et je mate ce corps vieillissant.

De nouveau,presser le pas, la pluie, comme le chagrin d’un ciel ecchymosé et vindicatif, se transforme en grêle et nous rend coup pour coup. Cela fait mal. Et je me sens suivi, épié, comme si chaque partie de cet immense tableau, ce même tableau rassemblant toutes ces têtes passées par le lit, tenter de m’appréhender.

Une fête ? Mon anniversaire ? Non, je ne veux pas, je déteste le fêter… Mon chef et ses grandes idées, je l’oublierai bien parfois, mais je me laisse convaincre. Il s’occupe de tout, un souci en moins.
Le jour fatidique, une clope à finir et je sonne, j’entends cela remue à l’intérieur … Mais qu’est-ce que je fais la … Je sonne, cela marche, la porte s’entrouvre et cela courre derrière, j’avance à tâtons dans l’obscurité … Une flamme, plusieurs, et un vombrissement me glace le cœur, un bon anniversaire et la lumière s’est allumée.

Ils et Elles sont tous là, cinq années et dans le miroir qui me fait face, je vois passer tous les visages et tous les masques que j’ai arborés. Fuir, à nouveau ? Allé, ce n’est qu’une soirée, merde, rien de grave, je fus l’homme d’une nuit et ils sont une somme de nuits, une partie de ma vie de caméléon. Je dois bien admettre, en les voyant se quereller sur la couleur de mes yeux, qu’être un caméléon a du bon… Et je le resterai, polymorphe, solitaire et accro, je l’allume tient, souffle et dans ces effluves, ma solitude ne s’est jamais autant ressentie et je n’en ai jamais été aussi heureux … d’être seul. Une dernière bouffée, et je file.
par RC publié dans : Et s'entrelacent nos vies
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Samedi 13 octobre 2007
Les feuilles de l’automne s’arrachent aux arbres et choisissent les chemins aériens, moi, perdu dans ce méli-mélo d’ocre et d’or, j’écoute ce que le vent apporte à mes oreilles. On n'a jamais entendu pareil cacophonie, il a beau être 19h, et moi, seul dans ma campagne normande, le vent m’apporte murmures d’amour et cris de haine.
Cet imbroglio sonore est source d’une folie dure, sourde et palpable d’un regard. Je vois ce temps qui s’égrène,  mon supplice, lui, est constant. Mais qu’ai-je fait pour mériter cela. La folie me gagne, une fois de plus,  les yeux me piquent,  aux milieux de feuilles volantes, je crie.
Vous me direz, qu’il est facile de s’isoler, de se couper de ce monde sonore si dérangeant, en tout point, vous avez raison. Cet habile stratagème est celui utilisé afin que je tombe dans les  rêves et les sommeils. Je suis impuissant d’éliminer, ad vitam  æternam,  une chose si précieuse, en effet, pour moi, c’est ces voix criardes, nasillardes ou suaves  qui me réchauffent le cœur, ces voix des gens aimés.

Je sens la ville qui approche. Le crissement des freins et le train ralentit, trois voitures plus loin, des jumeaux crient de faim et leurs parents affolés cherchent les biberons, j’en souris. Voiture du fond,  un couple d’adolescent se dispute, criant … Pour moi tous cela ne sont que les échos du vent,  où les gouttelettes de vie sont emmenées à mon entendement par les mouvements oscillatoires d’un gaz malicieux.
Il faut vivre avec ce que la nature nous offre : suite à l’acquis, né  l’habitude, invention des vivants,  la folie, elle, étant une invention  de la pensée humaine. Ma folie ne sera passagère, je vivrai avec ma tare,  j’espionnerai ce monde qui crie l’amour et la haine. Discerner et reconnaître les voix, décoder  ces murmures, et rire. M’abandonner à ces dialogues, je devrais y arriver. J’ai toujours voulu être différent, mais je me voyais plus voler ou devenir invisible. Qu’importe, je suis singulier et je serais l’oreille à laquelle vous susurrerez les mots les plus chauds, parfois les plus froids ou l’inverse.

Les mois passent et comme  j’ai apprivoisé cet oiseau volage, je souris même lorsque les voisins commencent leurs ébats. Je vous assure, qu’il est parfois étrange de croiser votre voisine tirée à quatre épingles dans l’escalier et de l’entendre gémir le soir même. La vie est malicieuse, parfois plus cruelle, quand le cri d’un mort vous tape sur les tympans. Parfois si puissant et pour autant  je suis impuissant pour aider ces gens pour qui le malheur sort de leurs poumons.

Voilà un an maintenant, l’audible à changer, plus en plus de choses viennent à l’entrée de mes pavillons. Les secrets d’états comme les histoires banales de deux copains se racontant leurs dernières vacances, je commence à retrouver mes aiguilles dans ces bottes. Ma folie est revenue, et si jamais, si quelqu’un connaissait mon secret.
Dans mon malheur, mon prénom est courant. Ma femme ne me reconnaît plus, je ne dors plus.

Et puis un soir, en rentrant, l’appartement vide, une lettre trône sur notre lit, des mots de désespoir, un choix et une lame se plantent dans mon cœur.
Deux ans qu’elle y pensait, deux ans que « j’entends ». Enfin, je retrouve le calme, le bruit s’est arrêté, je suis seul avec moi-même. Il est vrai qu’en deux ans je ne l’ai jamais « entendue ». Et en deux ans, je ne lui ai pas dit : je t’aime…
par RC publié dans : Et s'entrelacent nos vies
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Dimanche 30 septembre 2007
par R. publié dans : La bande originale
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Dimanche 16 septembre 2007
Cela devient surréel, cette vie possède une célérité bien trop élevée. Pour beaucoup, elle n'est point intelligible. Pour comprendre mes songes et mes allégories, devrais-je chuter dans l'immobilisme ?

Non, je préfère cavaler derrière un faux qui me paraît vrai ou un vrai qui me paraît faux, je me complais dans ces désordres, est-ce la mon avénir, un avenir de dessin crayoné, aux contours imprécis et estompables ?

J'aimerais bien cet avenir, un avenir ou chaque lendemain sera un avenir, un avenir non lancinnant, non accablant, et pourtant, tellement, vraiment extenuant .

J'ai cru savoir ce que je voulais, pleinement, mais je ne discerne de mon avenir, seuls quelques pans de cette esquisse .

Je ne me rends compte que dans ces anicroches, je suis accompagné ... Tiens, donnez moi vos mains ... Allons-y ensemble.
par Rikuo Himura publié dans : Ma vie parisienne
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Mercredi 29 août 2007

Mon monde s’endort, soirée de plus, et ma seconde vie commence. Seconde, seconde, j’ai glissé par le passé quatre fois déjà.

 

Je partage ainsi le destin d’hommes ou de femmes, jusqu’à leur mort. Le matin, le regard morbide et meurtri par ces intenses activités nocturnes, je me noie dans ces flots incessants, de personnes allant et venant, au rythme des stations. Et si demain, je croisais cet homme ou cette femme dont je partage la vie. Et si demain était un enfer, ils ne savent pas encore, mais leur destin est impitoyable et leur fin, elle, si pitoyable, et donc demain est encore un enfer…Un enfer nocturne, fait de choses que je ne peux empêcher, fait de choses simples et ennuyantes. Je divague, et lorsque la sonnerie retentit pour la 7ème fois, je sors de cet état second, il est temps que je redescende, que je navigue au gré du rythme de ce cœur névralgique et tellement urbanisé.

 

Enfoncé dans mon fauteuil, engoncé dans mon costume, je rêvasse de nouveau, lorsqu’un oiseau percute la fenêtre. Etait-ce son destin ?

Je passe la sixième et mes nuits ne s’arrangent pas, cette fois, j’y vois un homme. Cela fera 3-3, balle au centre entre ces messieurs et ces dames. De nuit en jour, je ne peux pas croire qu’il va …, non, je ne veux y croire, ou plutôt, croire que la trajectoire ne sera pas stoppée en plein élan. Je voudrais le sauver, je voudrais, je voudrais… Je ne veux plus croire au destin, a ce destin si douloureux. Je veux crier, courir, l’attraper, le retenir, je pleure, je crie.

Je m’endors…

C’est lui qui coure, fuit-il ? Non, Non, de nouveau, je crie et me réveille en nage…

 

Rafraîchi, le visage humide et froid, le regard sombre, je sens l’éveil urbain qui approche. Alors que la lassitude m’écorche, les feuilles écrasées sur ces vitres m'apostrophent. Ce n’est pas une jolie fin, écrasée. La voiture m’emmène vers un lanceur d’oiseau, aéroport en langue française. A défaut de pouvoir enjamber l’atlantique, je sauterais par-dessus.  Arrivé dans cette grosse pomme, je me sens, comme un ver, un parasite, ou à défaut un parisien. Démesure est le maître  mot de ce milieu-ci. Je crois que je hais cette ville, bref, marchons. Des avenues et des réseaux linéaires, rien de beau, je le ramènerai. Un hôtel, foutue langue, je n’y comprends rien à rien. Une chambre, cela aura fait chauffer la carte à puce.

Par la fenêtre, le gris gagne le gris. Une ville de dépressif, où la lumière et la couleur viennent d’objets incandescents.

 

Je le ramènerai.

Je l’arracherai.

Je sauverai.

Je l’embrasserai.

Je rêve encore.

 

Jour après jour, je cherche ces lieux qu’il fréquente, les trouve, m’y installe, le guette.  Dans cette poursuite haletante contre sa mort, j’espère la dépasser. Le taxi que me guide, et moi coller à la fenêtre, une fois de plus, de regarde ces piques menaçant le ciel.

J’ai manqué de mourir, lorsque j’ai crié, lorsque j’ai demandé, lorsque je me suis arrêté. J’ai couru, c’est lui, je le crois, je le sais. Je l’attrape, un regard bref, et il me jette à terre, qui je suis ? Pas le temps de répondre, nous avons mieux à faire. Lorsque soudain, soudain, tout aller arriver, je sens, un froid me transpercer. Ma course s’arrête.

Dans un pays qui n’est pas le vôtre, dans une ville exécrée, il est dur de se réveiller entourer de blanc, je tente, j’essaie de bouger. Une jambe ne répond pas, je m’escrime, j’essaie encore, impossible, j’ai un poids, un poids mort, comment pourrais-je courir ? Lorsque j’entends des bruits, on entre, lui, il entre, en béquilles, éberlué, la bouche ouverte, j’ai enfin le temps de contempler, lui, de le regarder.

C’est l’autre jambe, qu’il a perdu, alors je serais peut être sa droite.

par RC publié dans : Et s'entrelacent nos vies
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