Mon monde s’endort, soirée de plus, et ma seconde vie commence. Seconde, seconde, j’ai glissé par le passé quatre fois déjà.
Je partage ainsi le destin d’hommes ou de femmes, jusqu’à leur mort. Le matin, le regard morbide et meurtri par ces intenses activités nocturnes, je me noie dans ces flots incessants, de personnes allant et venant, au rythme des stations. Et si demain, je croisais cet homme ou cette femme dont je partage la vie. Et si demain était un enfer, ils ne savent pas encore, mais leur destin est impitoyable et leur fin, elle, si pitoyable, et donc demain est encore un enfer…Un enfer nocturne, fait de choses que je ne peux empêcher, fait de choses simples et ennuyantes. Je divague, et lorsque la sonnerie retentit pour la 7ème fois, je sors de cet état second, il est temps que je redescende, que je navigue au gré du rythme de ce cœur névralgique et tellement urbanisé.
Enfoncé dans mon fauteuil, engoncé dans mon costume, je rêvasse de nouveau, lorsqu’un oiseau percute la fenêtre. Etait-ce son destin ?
Je passe la sixième et mes nuits ne s’arrangent pas, cette fois, j’y vois un homme. Cela fera 3-3, balle au centre entre ces messieurs et ces dames. De nuit en jour, je ne peux pas croire qu’il va …, non, je ne veux y croire, ou plutôt, croire que la trajectoire ne sera pas stoppée en plein élan. Je voudrais le sauver, je voudrais, je voudrais… Je ne veux plus croire au destin, a ce destin si douloureux. Je veux crier, courir, l’attraper, le retenir, je pleure, je crie.
Je m’endors…
C’est lui qui coure, fuit-il ? Non, Non, de nouveau, je crie et me réveille en nage…
Rafraîchi, le visage humide et froid, le regard sombre, je sens l’éveil urbain qui approche. Alors que la lassitude m’écorche, les feuilles écrasées sur ces vitres m'apostrophent. Ce n’est pas une jolie fin, écrasée. La voiture m’emmène vers un lanceur d’oiseau, aéroport en langue française. A défaut de pouvoir enjamber l’atlantique, je sauterais par-dessus. Arrivé dans cette grosse pomme, je me sens, comme un ver, un parasite, ou à défaut un parisien. Démesure est le maître mot de ce milieu-ci. Je crois que je hais cette ville, bref, marchons. Des avenues et des réseaux linéaires, rien de beau, je le ramènerai. Un hôtel, foutue langue, je n’y comprends rien à rien. Une chambre, cela aura fait chauffer la carte à puce.
Par la fenêtre, le gris gagne le gris. Une ville de dépressif, où la lumière et la couleur viennent d’objets incandescents.
Je le ramènerai.
Je l’arracherai.
Je sauverai.
Je l’embrasserai.
Je rêve encore.
Jour après jour, je cherche ces lieux qu’il fréquente, les trouve, m’y installe, le guette. Dans cette poursuite haletante contre sa mort, j’espère la dépasser. Le taxi que me guide, et moi coller à la fenêtre, une fois de plus, de regarde ces piques menaçant le ciel.
J’ai manqué de mourir, lorsque j’ai crié, lorsque j’ai demandé, lorsque je me suis arrêté. J’ai couru, c’est lui, je le crois, je le sais. Je l’attrape, un regard bref, et il me jette à terre, qui je suis ? Pas le temps de répondre, nous avons mieux à faire. Lorsque soudain, soudain, tout aller arriver, je sens, un froid me transpercer. Ma course s’arrête.
Dans un pays qui n’est pas le vôtre, dans une ville exécrée, il est dur de se réveiller entourer de blanc, je tente, j’essaie de bouger. Une jambe ne répond pas, je m’escrime, j’essaie encore, impossible, j’ai un poids, un poids mort, comment pourrais-je courir ? Lorsque j’entends des bruits, on entre, lui, il entre, en béquilles, éberlué, la bouche ouverte, j’ai enfin le temps de contempler, lui, de le regarder.
C’est l’autre jambe, qu’il a perdu, alors je serais peut être sa droite.